Sotchi 2014 : le choix de la modernité

En proposant la candidature de Sotchi pour les JO d’hiver de 2014, Vladimir Poutine pensait relever deux défis.

Le premier est celui de l’image de son pays dans le monde. On saura après les jeux si cette ambition sera satisfaite, au moins partiellement. Le coût mirobolant de cette opération, en partie obérée par des affaires de corruption, les problèmes de compensation pour une partie des habitants expulsés de leurs maisons, la loi sur l’homosexualité ont facilité une campagne de dénigrement parfois poussée jusqu’à l’absurde comme ces photos anciennes de toilettes jumelles diffusées juste avant le début des Jeux. Il est clair cependant que l’enjeu d’image de la Russie est autrement plus profond. La libération de plusieurs prisonniers à la veille des Jeux, la mise à disposition d’un espace de contestation à Sotchi, bien isolé des lieux sensibles, et les promesses de bienveillance envers les homosexuels sur place ne changent rien à la dérive autoritaire du régime. Après les Jeux, les lois votées par la Douma seront bel et bien en vigueur et l’image du pays restera celle d’un Etat sur la défensive dans de nombreux domaines.

Le second enjeu est celui de la modernité et on peut considérer qu’il est gagné, même si l’interprétation qu’on peut en donner est plus ambivalente qu’il n’y parait. Les JO de Sotchi ont été résolument placés par les organisateurs sous le signe de l’ère numérique. L’ensemble des compétitions utilisent le matériel électronique de chronométrage, d’évaluation des performances techniques, de prise de vue et de transmission vidéo les plus perfectionnés qui soient sur le marché.

Même le spectateur moyen est invité à utiliser toutes les facilités du monde numérique. Ce n’est guère étonnant si l’on considère que près de la moitié des citoyens russes ont désormais accès à internet, en particulier pratiquement tous les jeunes scolarisés. Ces JO resteront dans les mémoires russes comme celui d’une grande fête populaire aux entrées numérisées. Tout est conçu pour le spectateur « branché » soit, de fait, le représentant de la classe moyenne russe qui a les moyens de se payer le voyage et le séjour à Sotchi pendant les Jeux à moins que son entreprise –les plus puissantes comme Gazprom l’ont fait- ne lui paye une partie de ce voyage, comme les « poutevka » (bons de séjour) de la période soviétique. L’utilisateur d’internet pouvait à l’avance, s’enregistrer pour obtenir l’indispensable « Passe du spectateur », commander des billets pour les compétitions ou simplement des billets d’accès journalier au Parc olympique. Il doit ensuite se rendre dans l’une des caisses pour les retirer mais est alors dispensé de queue. En réalité, on peut aussi obtenir tout cela sans passer par internet, ce que font d’ailleurs beaucoup d’habitants de Sotchi qui souhaitent découvrir eux aussi ces installations mirobolantes. On voit ainsi de vieux couples faire la queue, qui paraissent un peu perdus dans cette cohue mais ressortent triomphants avec leur Passe comme souvenir.