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LACANAU SURF STORY

Francis MAUGARD,
Le Pionnier

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FRANCIS MAUG'ART,
le pionnier qui a offert le surf à Lacanau

La paroisse océane de Lacanau a son pasteur, en la personne de Francis Maugard. Ce Girondin de toujours a été le premier à marcher sur les eaux canaulaises. Ce don du surf, la station médocaine l’a reçu au début des sixties. Et quarante ans plus tard, l’artiste continue de célébrer son dieu, à travers des officines à la fois du corps et de l’esprit.

Un nom revenait sans cesse dans la bouche des gens que je questionnais au sujet des tontons surfeurs de Lacanau, celui de Francis Maugard. L’homme serait septuagénaire et partagerait son temps entre Bordeaux et Lacanau. Les deux numéros de téléphone ne donneront rien. Ne reste plus qu'à tenter sa chance in situ.
Arrivé à Lacanau-Océan, un surf-shop m’indique le chemin à suivre pour me rendre au domicile du pionnier. La Villa “Saint Hubert” intrigue par son apparence de prime abord austère et abandonnée. Mais un combi VW, stationné à proximité de l’une des deux entrées, puis une board jaunie, découverte derrière le verre de la véranda, m’indiquent que je suis à la bonne adresse. Du moins à celle d'un célébrant. Je sonne. Toujours rien ! Je laisse un mot avec mes coordonnées, en prenant garde de soigner le message. L’homme apprécierait la poésie... A peine retourné sur le front de mer que le portable sonne, avec l’intéressé au bout du fil ! Ce dernier accepte la rencontre et l’adrénaline de monter... Il ne faudra pas beaucoup de temps pour revenir sur mes pas. Il m’en faudra un peu plus pour tenter de cerner le personnage, énigmatique, historique et fascinant.

 

Francis Maugard nous est né en Gironde, en 1931. Bordeaux sera la ville où il exercera sa profession de médecin et Lacanau son point de chute en front de mer à chacun de ses week-ends. Biarritz, enfin, constituera son cadre de vie pour les vacances estivales. C’est dans cette cité de la mer qui deviendra plus tard la capitale du surf européen, que l’aoûtien allait découvrir au début des années soixante le sport roi des Polynésiens. Sur la Plage des Basques, le trentenaire côtoie à l'eau les "Tontons Surfeurs", ces premiers grands personnages du surf en France, comme Joël de Rosnay ou Michel Barland. Ce dernier lui confectionnera sa première planche qu’il s’empressera de ramener, dès le mois de septembre suivant, dans la station balnéaire médocaine. Cette chose “magique et mystérieuse” fait bien ses trois mètres de long et attire, en mouvement, les regards contemplatifs des plagistes de Lacanau. Francis Maugard fait profiter de cette nouvelle forme de jouissance à tous ses amis, qui ne tarderont pas à commander à Bayonne leur propre vaisseau des mers.

Parole d'or

L’histoire du surf à Lacanau était née et jouera un rôle prépondérant sur ce village girondin ayant pignon sur mer... Francis Maugard en aura été l’initiateur, le messie et continue d’être le garant de sa philosophie, le relais de son art et un fervent célébrant. Francis Maugard est assis en face de moi, devant son bureau recouvert de pots à pinceaux et me raconte. Il me renvoie à ces patriarches, vénérables aînés auprès desquels l’on vient respirer un peu de ce nourrissant nectar qu’est la sagesse. Et si l’on exclut cet anachronique téléphone posé sur un lit en coin, tout de ce salon, à la fois reconverti en atelier et galerie d’art, inspire le respect de l’écoute, par le voyage dans le temps qu’il suscite. Aux murs, recouverts d’un tissu rouge médiéval, des tableaux par dizaines, très légèrement espacés et interrompus en un seul point, où trône une belle cheminée d’époque. Les yeux se lèvent, captés par le cristal d’un lustre puis redescendent, renvoyés par un miroir lumineux, démesuré. Et puis cet homme ! Les traits du visage comme dessinés ou plutôt creusés, sculptés et délimités sur toute leur hauteur par de long cheveux argentés, argentiques. Il vous regarde pleinement de ses yeux océans et parle, raconte et glorifie :

“A l’époque, tout le monde portait sur le surf cet oeil de la merveille. Car, tout individu détient en lui un enfant merveilleux qui veut un jour se retirer pour mieux admirer la beauté du monde. Le surf demeure cette fascination pour le large, cette pulsion pour la démesure, cette recherche de perfection voluptueuse. C’est l’errance du large qui permet ce recul nécessaire. Là, derrière les rouleaux, coupé des Hommes, dans une Nature pure qui appartient à tous. L’émerveillement du corps et, selon, de l’esprit. L’isolement, l’inspiration voire la méditation qui doivent ouvrir d’autres portes, parcourir d’autres zones de jouissance spirituelle. Le fanatisme du surf, cette unique et restreinte porte, ces oeillères aquatiques en guise de nageoires, est à redouter. La vie citadine, un passage obligé et utile car creuset de cultures. Quand les joies viennent par l’esprit et la beauté, on peut parler de culture. Le surf en est une".

Mamère et Juppé plébiscités

D’aucuns penseront que le Francis est loin, “à l’ouest”. Pourtant, il n’a jamais été aussi prêt. Son blanc de travail laisse apercevoir des tennis d’aujourd’hui... Noël Mamère et Alain Juppé ont reçu un courrier de l’artiste: “Je leur fait part de ma conviction profonde que Lacanau a sa carte à jouer pour devenir capitale Atlantique. Qu’il faut construire des autoroutes pour permettre à tous ces jeunes européens de bénéficier de ce bienfait, de cette richesse”, résume-t-il.
Et quand on lui prétexte l’impact sur l’environnement naturel et le risque de surpopulation qu’un tel chantier engendrerait, celui-ci répond d’une évidence persuasive : “La construction d’une autoroute ouest-est parvenant à Lacanau ne représente qu’une incidence fragmentaire sur la défiguration générale de la Nature. Quant à l’égoïsme du localisme, il suffit d’élargir les plages sur l’infini axe nord-sud pour contenir le surplus de flux, dont l’accès serait assuré par une route côtière comme on peut en retrouver en Californie”. Pas bête la bête. Les deux politiques lui ont répondu pour l’informer qu’ils accusaient réception de ses suggestions. Sans plus. Francis n’en reste pas moins persuadé et confiant : “Son intérêt social l’imposera de toute façon, par nécessité.” L’océan est présent dans tous les tableaux de Francis Maugard, dont le style est étrangement passé de l’abstrait au figuratif...

Atlantisme pour les intimes

Si l’on retrouve son nom dans le registre des adhérents du Lacanau Surf Club, en quatrième position de la liste de 1969, Francis le bienheureux serait plutôt du genre solitaire et le communautaire pas trop sa tasse de thé. Ses rituels quotidiens se font ainsi le plus souvent seul. Dès que les conditions sont au rendez-vous, il surfe toujours même si ses montures se font moins sauvages avec l’âge. Et les jours sans vagues, il communie en prenant... un bain ! Et ce dans le plus simple appareil, même l’hiver pour peu que le soleil soit présent. L’homme n’est pas pour autant complètement fou, s’échauffant à bicyclette en prélude et s’étirant longuement en épilogue. Une hygiène de vie qu’il juge indispensable à son épanouissement, à sa plénitude de vie et à laquelle il attribue sa volonté par “cette saine libération d’énergies”.
Dans sa retraite artistique, Francis Maugard célèbre par le corps, la peinture et la poésie. Atlantisme est sorti des imprimeries bordelaises en décembre 1997. Ne le cherchez pas chez les libraires, ce recueil de poèmes est sans éditeur, sans prix. Francis l’océanique le réserve aux êtres de sa route. Dans l’Attente de cette mystérieuse rencontre, vous en prendrez bien une petite goutte :

L’augure ceint de limon ton visage.
Un marbre halluciné précède ton profil.
Échappé de carcels éteints monte un souffle d’irone.
Là-bas, héros et mers scindent le monde.”

La porte se referme et le soleil brille, poursuit cette chaleur. Cette sérénité qui laisse rêveur...