Sotchi 2. 15 février. Sotchi est une ville folle

Que Sotchi soit une ville folle, ce n’est pas une nouveauté et cela n’a pas grand-chose à voir avec les JO. C’est un problème structurel qui date déjà de l’époque soviétique, quand on a constitué le « Grand Sotchi », la plus importante station balnéaire de Russie, regroupant toute une série de villes (Sotchi, Adler..) et de villages sur près de 145 km de côte. Le résultat est fantastique dans une agglomération qui dépasse désormais les 450 000 habitants. Alors que les grands sanatoriums traditionnels (nous logeons entre celui de l’armée et celui du FSB, ces deux organisations ayant bien sur conservé leurs terrains et immeubles) s’égrènent le long du Kurortnyi Prospekt (« l’Avenue balnéaire »), une des plus longue avenue de Russie, la ville s’est étendue sur les versants qui plongent dans la mer Noire et dans toutes les petites vallées adjacentes, dans la plus totale anarchie. Il s’agissait pour les heureux propriétaires de terrains de construire des maisons les plus hautes possibles afin de réserver un étage pour les locations saisonnières, sources considérable de revenus depuis l’époque soviétique.

Entre temps, la situation est devenue cauchemardesque car le système libéral introduit sous Eltsine signifie la quasi absence de règles d’urbanisme autres que la débrouille et le bakchich, désormais source de revenu parallèles pour les élites locales. On a donc construit des centaines de gites et d’hôtels plus ou moins luxueux entrainant, par voie de conséquence, la prolifération de la circulation automobile et des embouteillages phénoménaux. Les JO n’arrangent rien bien sur car si, d’un côté, on a enfin construit une voie rapide de déviation (type autoroute de la Côte d’Azur), ce tronçon n’est pas réellement continu et pendant les Jeux, le trafic de véhicules s’est encore renforcé. La solution raisonnable est de prendre « l’hirondelle », le RER local qui dessert –gratuitement pendant les Jeux- tous les sites des JO après la construction à grands frais de deux nouvelles gares et d’un tronçon de 35 km de voie nouvelle vers le cluster de montagne où se déroulent toutes les épreuves de ski et de luge. Mais le trajet reste longuet : 1h40 pour faire quelques 80 km du centre ville à Rosa Khutor, la station de moyenne montagne, lieu de départ des principaux téléphériques. Beaucoup préfèrent s’en remettre à la noria d’autocars qui desservent les mêmes sites, toujours gratuitement. Mais on risque fort, à toutes heures du jour, de se retrouver dans de sérieux embouteillages et alors, le gain de temps s’avère bien illusoire.

Sotchi n’a jamais été une belle ville, même si, il faut bien l’avouer, j’ai un faible pour les grandes maisons de repos des années 1930 (dont la célèbre villa de Staline). Noyées dans la verdure subtropicale de leurs parcs, palmiers, mimosas, lauriers roses et autres plantes méridionales implantées ici au 19è siècle (tout comme le thé, introduit dès l’empire pour subvenir aux besoins de la Cour en contournant le blocus anglais) la plupart ont été rénovées, transformées souvent en hôtels de luxe. Mais ce que j’avais découvert de charmant, lors de ma première visite en 1975, les petites maisons provinciales russes aux terrasses submergées par les treilles, les guinguettes de bord de mer, ont peu à peu été remplacées par des immeubles sans style, verre et métal, de plus en plus agressifs, avec leurs restaurants et boutiques à la mode. Et si on s’éloigne un peu des grandes avenues centrales, on retrouve l’anarchie de cet urbanisme chaotique et dans les recoins, le délabrement des quartiers qui ont échappé à la fièvre olympique, quand des fonctionnaires indélicats n’ont pas profité de celle-ci pour en évincer les occupants en vue de fructueuses spéculations.